Des violences qui ne servent pas les aficionados
Je condamne donc les violences qui se sont produites à Rodilhan, car elles ne servent aucunement la cause des aficionados.
Le débat entre les pro et les anti corridas ne date pas d'hier. Mais depuis quelques mois, il est relancé à la faveur d'événements qui ne servent ni les uns ni les autres et qui exigent désormais un peu de retenue, dans un domaine où la passion est trop souvent à fleur de peau.
Je veux être clair: à titre personnel, j'ai toujours considéré que la tauromachie représente, dans nos régions du sud, un merveilleux lien social et intergénérationnel, une tradition qui trouve ses racines au plus profond de l'histoire, un facteur d'identité culturelle et - presque accessoirement - un levier économique pour les villes qui favorisent sa pérennité. Je partage pleinement cette passion.
Chacun sait bien par ailleurs que l'autorisation d'organiser des férias est strictement encadrée par une loi de 1951, qui exige, pour chaque localité qui en revendique le droit, "une tradition locale ininterrompue". Il n'y a donc aucun risque de voir se développer les corridas ou les courses de taureaux là où cette tradition ne peut valablement être invoquée, c'est-à-dire en dehors des quatre régions du sud de la France (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur).
Il ne saurait pour autant être question de contester la liberté de celles et ceux qui manifestent leur opposition à la corrida.
Si le Parlement catalan a décidé, en juillet dernier, d'interdire à partir de 2012, les corridas dans les limites de la Generalitat, c'est évidemment son droit le plus absolu, même si l'on peut déceler dans cette décision un geste supplémentaire visant à affirmer son autonomie par rapport à l'Espagne. Si les anti corridas ne relâchent pas leur pression pour parvenir à l'abolition légale de la tauromachie en France, notamment au travers de propositions de loi ou de pétitions, c'est aussi leur droit.
Si ces récents développements ont largement contribué à alimenter, voire à raviver le débat public sur cette question, ils ne peuvent cependant en aucune manière justifier les débordements, qui prennent la forme d'actes violents, comme ceux qui se sont déroulés à Rodilhan, le 8 octobre. Aucun individu ne peut s'arroger le droit de faire lui-même la police, pour déloger des manifestants exprimant leur position. Seules les forces de l'ordre, dûment mandatées par les autorités publiques compétentes, sont habilitées à faire respecter la loi.

